Source : Internet
 
La première en diligence – la fille aux peignes
 
Lorsque le Bouddha était un être céleste du Ciel de Tusita (c’est-à-dire lorsqu’Il ne s’était pas encore réincarné en prince Siddhartha), à cette époque-là, il y avait un roi, Sakya Sihahanu (釋迦獅子頰王), et sa reine qui menaient une agréable vie à Kapilavastu (capitale du clan des Sakya) en Inde. Ils donnaient naissance successivement à quatre princes et quatre princesses : Suddhodana (un garçon), Sukkodana (un garçon), Dhotodana (un garçon), Amitodana (un garçon), Amita (une fille), Pamita (une fille). Tandis que dans le clan des Koliyas à Devadaha, il y avait un roi, Anjana, et sa reine qui eurent deux princesses : Maha Prajapati (l'aînée) et Maha Maya (la cadette). (Remarque : Maha Prajapati était la tante maternelle et la mère adoptive du Vénéré du Monde Sakyamuni ; Maha Maya appelée aussi Maha Devi était la mère biologique du Vénéré). Après leur naissance, les deux princesses étaient nourries au lait de vache dans le palais et grandissaient rapidement comme des fleurs de lotus dans la mer. Il y avait un astrologue spécialisé dans la physiognomonie qui disait : « Maha Prajapati (l'aînée) donnera naissance à un enfant avec une bonne physionomie (c’est-à-dire à Nanda, le deuxième fils du roi Suddhodana, le beau-frère du Bouddha Sakyamuni) qui deviendra un prince ou le roi Chakravartin, alors que la sœur cadette Maha Maya donnera naissance à un enfant qui, s’il ne mènera pas une vie monastique, deviendra un prince, ou s’il mènera une vie monastique, atteindra certainement la bouddhéité. »

Lorsque le roi Sakya Sihahanu du royaume voisin sut ces prophéties, il envoya des officiers vers le clan des Koliyas pour faire une demande en mariage et dit : « Veuillez octroyer vos deux princesses à mon prince Suddhodana comme épouses ! » Le roi Sakya Sihahanu envoya des officiers pour nouer davantage de relations et obtint finalement l’accord de toute la dynastie des Sakya. Le roi Anjana laissa alors les deux princesses épouser le prince Suddhodana (le père du Bouddha Sakyamuni). Le roi Sakya Sihahanu leur organisa un grand banquet de mariage ; le roi Anjana offrit aux deux princesses une domestique – une fille aux peignes (désignant une fille qui ne se marie pas). Toutes trois avec le roi Suddhodana passaient ensemble une vie confortable et heureuse.

Peu de temps après, le prince Suddhodana devint roi ; la reine Maha Maya donna naissance au prince Siddhartha (c’est-à-dire le futur Bouddha Sakyamuni) ; malheureusement, elle mourut sept jours après, se réincarnant dans les Trente-Trois Cieux (Trayastrimsat Deva).

La fille aux peignes était très triste suite au décès de sa maîtresse Maha Maya, personne ne pouvait soulager sa douleur interne.

A l’âge adulte, le prince Siddhartha vit la souffrance de la naissance, de la vieillesse, de la maladie, de la mort..., il renonça alors au trône pour devenir moine et mener une vie ascétique durant six ans, atteignant l’état d’éveil suprême. Il retourna dans sa ville natale Kapilavastu, beaucoup de princes du clan des Sakya le suivaient pour devenir des moines bouddhistes. Par la suite, Maha Prajapati emmena Yasodhara (l’épouse du prince Siddhartha avant son entrée dans la vie monastique) et cinq cents femmes du clan des Sakya pour implorer le Bouddha de les laisser entrer dans la vie monastique, puis Maha Prajapati devint la première bhiksuni. La fille aux peignes suivit aussi sa maîtresse (Maha Prajapati) pour mener une vie monastique. Elle pratiquait avec diligence et éteignait toutes les souffrances et afflictions (klesas en sanscrit) des Trois Mondes ; elle atteignit l’état d’Arhat et devint la première en diligence sous l’enseignement du Vénéré du Monde.

Les moines demandèrent au Bouddha : « Vénéré du Monde, quelle est la cause interdépendante pour que la fille aux peignes se soit réincarnée dans une famille riche et honorée, mais en tant que domestique ? »
Le Bouddha dit : « Cela correspond à la maturité de ses vœux émis dans sa vie passée. Quatre-vingt-onze kalpas auparavant, à l’époque du Bouddha Vipassi (毗婆尸佛), il y avait deux filles qui virent la physionomie solennelle du Bouddha Vipassi ; une fille (c’est-à-dire Maha Maya par la suite) fit vœu : « Que dans l’avenir je puisse donner naissance à un prince comme le Bouddha Vipassi et qui atteindra la bouddhéité en cette vie » ; l’autre fille (c’est-à-dire Maha Prajapati) fit vœu : « Je fais vœu de devenir la tante maternelle du prince » ;  il y avait aussi une autre fille qui faisait voeu en même temps : « Je serai votre fille aux peignes (domestique). » Cette fille aux peignes est l’actuelle fille aux peignes. »

Les moines demandèrent à nouveau au Bouddha : « Vénéré du Monde, quels sont les voeux de la fille aux peignes pour qu’elle puisse mener une vie monastique et atteindre l’éveil sous l’enseignement du Bouddha, ainsi qu’être la première en diligence ? »
Le Bouddha répondit de nouveau : « Cela correspond aussi à la maturité de la force de ses vœux d’autrefois. A l’époque du Bouddha Kassapa (迦葉佛), il y avait une khenmo (remarque : ce terme désigne le plus haut grade donné à des nonnes, il existe déjà depuis longtemps, même à l’époque du Bouddha Kassapa, et n’est pas une spécificité du Bouddhisme tantrique au Tibet) qui était la première en diligence sous l’enseignement du Bouddha Kassapa. Au bas de Son siège, une nonne voyait une telle diligence de sa propre khenmo, elle fit alors voeu : « Avec les karmas vertueux issus de la pratique des préceptes, de l’écoute et de la contemplation durant toute ma vie, je fais voeu de mener une vie monastique et d’atteindre l’éveil dans l’avenir sous l’enseignement du Bouddha Sakyamuni, ainsi que d’être la première en diligence ». La nonne qui avait vœu à l’époque était la fille aux peignes d’aujourd’hui. La force de ses vœux étant arrivée à maturité, elle est entrée dans la vie monastique et a atteint l’éveil sous mon enseignement du Dharma ; elle est de plus la première en diligence. »

Remarques :
De là, nous pouvons constater qu’une simple nonne de l’époque du Bouddha Kassapa compte uniquement sur la force des voeux pour entrer dans la vie monastique et atteindre l’état d’Arhat sous l’enseignement du Bouddha Sakyamuni. Ainsi, bien que nous n’ayons pas réalisé les pouvoirs surnaturels malgré notre actuelle pratique spirituelle, nous devons bien émettre des voeux ainsi qu’accumuler des mérites ; la loi de cause à effet ne peut pas être mensongère. D’un autre côté, les khenmos d’aujourd’hui devraient servir de modèles pour que les gens puissent voir des personnes vertueuses et penser à faire comme elles : être première en diligence, première en sagesse, première dans l’observance des préceptes... Cela pourrait avoir un grand bienfait du point de vue de la propagation du Dharma et de la délivrance des êtres dans l’avenir.

 
Notes :
Khenpo (mkhan po) ou khenmo, c’est-à-dire le maître moine ou nonne ; pour un homme, on l’appelle khenpo, et khenmo pour une femme.
Khenpo est à l’origine un moine qui préside les monastères bouddhistes tibétains et qui, avec son observance parfaite des préceptes, peut transmettre des préceptes aux autres. Son titre équivaut à l’abbé dans les monastères bouddhistes chinois. Par la suite, les lamas qui connaissent bien les sutras et qui président les monastères ou les datsans (les écoles où les moines tibétains apprennent les sutras) sont tous appelés khenpos. Ce titre est uniquement attribué aux maîtres qui sont entrés dans la vie monastique, mais non pas aux personnes laïques, car pour un khenpo, l’importance est d’abord mise sur les préceptes purs, les connaissances étant secondaires. Les personnes laïques ne peuvent pas observer des préceptes réservés aux moines, le niveau de pureté est alors moins élevé. Par ailleurs, le sens original du mot khenpo est celui d’un maître qui transmet des préceptes ; comment une personne qui n’est pas entrée dans la vie monastique peut-elle transmettre des préceptes aux moines dans les monastères ? C’est pour cela que les laïcs ne peuvent pas porter le titre de khenpo.
Le titre de khenpo en soi n’a pas de distinction de niveaux (débutant, intermédiaire, avancé, etc.), mais il existe une différence de rang, comme le titre de khenpo obtenu dans un grand institut bouddhiste et celui acquis dans un petit temple situé dans un village isolé où il n'y a que quelques personnes, ces niveaux ont des différences. Sur ce titre, cela ne peut pas représenter la réalisation interne d’un khenpo, ni ses mérites liés aux travaux de la propagation du Dharma et de la délivrance des êtres.
Après des développements, khenpo est aujourd’hui progressivement devenu le titre pour des moines qui ont terminé leurs études systématiques des sutras dans les instituts bouddhistes tibétains. Parfois, avant d'être attribué le titre de khenpo, on peut être exigé d’enseigner dans un institut bouddhiste pendant plusieurs années.
Le grand khenpo (communément appelé khenchen), est un titre honorifique sans critères spécifiques.