Le bien et le mal peuvent-ils se neutraliser ou se compenser
 

Un disciple féminin sème sans cesse le trouble (involontairement et sans retenue) dans les cours de pratique en groupe depuis plus de dix ans, incarnant vraiment le terme anglais "trouble-maker" (fauteur de troubles). Rinpoche, qui fait toujours preuve de compassion envers chaque être sensible, l’a éduquée durant une longue période sur la base des principes fondamentaux du salut de tous les êtres sensibles, et de Klesa (un mot sanskrit signifiant affliction) équivalent à la Bodhi (煩惱即菩提). Un jour, l'ignorance de cette disciple surgit de nouveau. Elle exposa une série d'arguments spécieux et erronés sur un certain sujet devant tous les disciples de la classe, et dit avec assurance : « Tout ce que j'ai fait a été motivé par de bonnes intentions et de la bienveillance comme point de départ, je n’aurais jamais imaginé que “les bonnes intentions entraîneraient de mauvaises conséquences”. Eh bien, j'ai aussi fait beaucoup de bonnes actions, et je suis sûre qu'elles peuvent équilibrer le mauvais karma que j'ai commis. »

Nous étions tous choqués après avoir entendu cela, mais Rinpoche sourit légèrement et donna une parabole comme discours : « Un jour, un disciple aîné et deux frères quittèrent le Centre ensemble. Dès qu'ils tournèrent à gauche sur la rue principale, ils tombèrent sur un individu tout à fait désagréable qui fixait le disciple aîné d'un regard noir, les yeux écarquillés. Le disciple aîné, pris d'une rage soudaine, ne put se contenir davantage. D'un seul bond, il se précipita en avant et poussa l’individu au sol sans un mot. Les deux frères coopérèrent également très bien, en s’avançant immédiatement pour serrer cet individu. A eux trois, ils lui donnèrent alors des coups de poing et de pied. L’individu fut roué de coups et s’effondra sur le bord du trottoir, incapable de bouger.
A ce moment-là, le disciple aîné aperçut une femme âgée qui marchait d'un pas chancelant sur le côté opposé de la route et qui s’apprêtait à s'engager dans le passage piéton. Les deux frères la virent également au même instant. Tous trois se précipitèrent immédiatement vers la femme âgée sans se soucier de leur propre sécurité afin de l'empêcher (de traverser la route). Ils lui dirent :
« Mamie, ne traversez pas la route tout de suite, il y a des voitures qui arrivent ! »
La femme âgée hocha la tête avec reconnaissance et dit : « Oh, je vois ! Je vois ! »
Les deux frères tenaient la femme âgée chacun par ses épaules pour la faire traverser la route comme s’ils portaient une chaise à porteurs, tandis que le disciple aîné marchait devant eux avec un grand geste pour dégager le passage.
La femme âgée les félicita avec enthousiasme : « Vous trois, vous êtes vraiment très gentils ! »
Le disciple aîné dit à la femme âgée : « De rien, de rien. Nous voulions simplement équilibrer un peu. »
La femme âgée était complètement confuse et demanda : « Qu'est-ce que vous voulez équilibrer ? »
Ainsi, le disciple aîné montra du doigt un magasin du Village Abricot et dit : « Mamie, regardez l’homme qui est allongé sur le bord du trottoir là-bas. »
En voyant cela, la femme âgée poussa un cri d'horreur : « Mon dieu ! Il vomit du sang. »
Le disciple aîné poursuivit : « Ah, oui. Au début, nous voulions juste donner une petite leçon à cet homme en lui portant quelques coups de poing. Mais, nous l’avons frappé trop fort sans nous en rendre compte, et il est maintenant dans cet état. Maintenant, nous vous aidons à traverser la route en espérant que nous pouvons au moins faire quelque chose de bien pour équilibrer un peu le mauvais acte que nous venons de commettre ! »
La femme âgée dit avec colère : « Vous êtes tous les trois fous ! »
Les trois répondirent en chœur : « Mamie, nous ne sommes pas fous. Nous apprenons le Bouddhisme depuis trente ans. »
La femme âgée était encore plus exaspérée qu'elle s’écria : « Bon sang ! Ayant appris le Bouddhisme depuis trente ans, vous avez encore un tel concept ?! En supposant que m'aider à traverser la route puisse contrebalancer une partie des méfaits commis, vous devriez tous les trois être admis à l'hôpital psychiatrique de Castle Peak (un hôpital à Hong Kong spécialisé dans la prestation de services psychiatriques) ! »

 
 

Après avoir terminé sa parabole, Rinpoche se leva et partit. Son discours est à chaque fois rempli d’une profonde sagesse bouddhiste !
Ayant entendu le discours, le disciple féminin avait l'air plutôt perplexe. Elle semblait tout à fait incapable de comprendre ou de saisir la métaphore du discours de Rinpoche à l’instant. Le disciple aîné qui se trouvait juste à côté d'elle, ne put s'empêcher de rire et expliqua aussitôt : « Ha-ha ! Ha-ha ! Tout d'abord, je n'ai frappé personne avec les deux frères ! Rinpoche voulait simplement t’inspirer, dans l’espoir de te faire réfléchir

1. Ne commettez aucun mal, pratiquez tout le bien (諸惡莫作,眾善奉行) ! Notez que « ne commettez aucun mal » est placé en premier dans la séquence, ce qui signifie que cette phrase est extrêmement importante et que tous les bouddhistes doivent en faire une priorité. N'oubliez jamais qu'il s'agit d'un enseignement du Bouddha, l'une des essences mêmes du Bouddhisme.
2. Les bonnes actions engendrent de bonnes récompenses, et les mauvaises actions engendrent de mauvaises conséquences (善有善報,惡有惡報). Ainsi, les mérites et les démérites ne peuvent pas se compenser mutuellement. S’ils pouvaient s'annuler les uns les autres, la loi de cause à effet existerait-elle encore ? Craindrait-on encore le karma ? Il faut savoir que « les Bodhisattvas craignent les causes tandis que les êtres sensibles craignent les effets ».
3. On peut simplement espérer de petites rétributions pour de gros mauvais karma !
4. Lisez les causes prédestinées du Bouddha pour référence. Ayant tenu des propos erronés avant Son Eveil, même le Bouddha doit subir la rétribution corrélée en personne après avoir atteint la Bouddhéité ! J'espère que vous serez prudents dans vos paroles et que vous vous abstiendrez de parler sans réfléchir. »
 
Le disciple aîné soupira avec émotion et poursuivit : « Sœur-Dharma aînée, depuis plus de vingt ans, tu es obsédée par les mantras et les mudras tantriques, négligeant les enseignements de sagesse que t’a transmis Rinpoche, méprisant les principes fondamentaux du Bouddhisme exotérique et ésotérique, et ignorant les conseils de tes frères Dharma. Cependant, tu t’adonnes avec enthousiasme aux pratiques mondaines de contrôle et de domination. Parfois, je te trouve vraiment pitoyable et pathétique. Tu as étudié le Bouddhisme pendant si longtemps, et pourtant tes progrès sont très lents, voire inexistants. En fait, tu ne possèdes même pas les bases essentielles d'une Vue juste. Tout cela est lié à ton autosatisfaction, à ton repli sur toi-même et à ton arrogance ! Tu as prétendu que tout ce que tu as fait a été motivé par de bonnes intentions et de la bienveillance comme point de départ, mais tu as oublié que la force motrice derrière toutes tes actions est en réalité "l’avidité, la colère et l’ignorance". De plus, tu as affirmé avoir accompli toi-même de nombreuses bonnes actions. Or, ces soi-disant "bonnes actions" sont mesurées à ta propre aune (selon tes propres critères), et non à celle des Bouddhas et Bodhisattvas/de Rinpoche. Ce que tu as fait est peut-être insignifiant et il reste encore un long chemin à parcourir avant que tes actes ne puissent être considérés comme cultivant la Voie du Bodhisattva ! C’est précisément là que réside la distance entre les gens ordinaires et les Bouddhas et Bodhisattvas. Tu devrais réfléchir calmement et ne pas agir de manière impulsive et irréfléchie sans tenir compte des conséquences, en croyant présomptueusement que ton point de départ est correct, puis en fonçant tête baissée avec obstination et détermination. Il semble que ton avidité, ta colère et ton ignorance soient trop fortes, ce qui détourne tes pensées de la bonne direction. Tu ferais mieux de te motiver, de te motiver toi-même ! »