L’Enfer du Lotus

 

Rinpoche fit un discours en premier le 3 Janvier 1993
Le membre confirmé en France Yee le réitéra au nom de Rinpoche le 20 Octobre 2002 (environ dix ans après)
Mis en ligne sur le site le 8 Août 2006 (puis environ quatre ans après de nouveau)

 

Lorsqu'une personne est en difficulté, il est naturel de l'aider. Cependant, la pertinence d'une telle aide dépend de la sagesse dont on fait preuve. Comme le dit le proverbe : « Les bonnes intentions entraînent de mauvaises conséquences. »

Selon les Sutras :

1.

Un moine se rendit à la demeure du Bienheureux, le Bouddha Sakyamuni. Après Lui avoir rendu hommage, il dit au Bienheureux : « Sariputta et Maudgalyayana ont une très mauvaise conduite et ils font de mauvaises choses à l'extérieur. »
Le Bouddha répondit : « Ne parle pas ainsi. Tu es venu voir le Bouddha avec un cœur joyeux. De plus, le Vénérable Sariputta et le Vénérable Maudgalyayana ont une conduite pure et bienveillante et ils n'ont rien fait de mal. »
Ce moine continua : « Ce que le Bouddha a dit n’était pas faux, mais Sariputta et Maudgalyayana ont vraiment commis des actes mauvais, perdant le fondement de la vertu. »

   
2.

Le Bouddha répondit : « Comme tu es stupide de ne pas croire ce que le Bouddha a dit ! Tu viens de parler de Sariputta et Maudgalyayana commettant des actes mauvais, mais maintenant toi-même, tu viens de commettre vraiment un acte mauvais, et tu recevras bientôt le châtiment. » Cependant, ce moine parla en mal de Sariputta et de Maudgalyayana au Bouddha pour la troisième fois, et le Bouddha lui répondit de la même manière que précédemment, puis le Bouddha ne dit plus rien.
Peu de temps après, des boutons malins se développèrent sur le corps de ce moine, et ils étaient gros comme des graines de moutarde, puis comme des graines de soja, puis comme des noix, puis comme des papayes. Ils éclatèrent, laissant échapper du pus et du sang. Après la mort du moine, il tomba dans l'Enfer du Lotus.

   
3. Lorsque Maudgalyayana apprit plus tard que ce moine était décédé, il alla voir le Bouddha et lui demanda : « Où ce moine renaît-il aujourd’hui ? » Le Bouddha répondit : « Il renaît dans l'Enfer du Lotus. »
Maudgalyayana dit précipitamment : « J'ai l'intention d'aller dans cet enfer pour enseigner à cette personne. » Le Bouddha répondit : « Inutile d'y aller. »
Maudgalyayana dit fermement : « J'ai vraiment l'intention d'aller lui enseigner. » Sur ce, le Bouddha ne dit plus rien.
Maudgalyayana utilisa ses pouvoirs surnaturels (le pouvoir des transformations) dans sa méditation pour se rendre à l'Enfer du Lotus. À ce moment-là, l'enfer était plongé dans une obscurité profonde. Maudgalyayana émit alors de la lumière, pointant son doigt pour éclairer l'enfer. Il vit ce moine englouti par les flammes, sa langue très large, avec cent bœufs labourant sa langue.
Le moine aperçut un halo de lumière dans le ciel, au sein duquel était assise une figure vénérable dans la posture du lotus. Le moine demanda : « Qui êtes-vous ? »
Maudgalyayana répondit : « Je suis un disciple du Bouddha Sakyamuni, Maudgalyayana, et je suis venu vous convertir. »
Le moine s'écria avec colère : « C’est entièrement à cause de toi que je suis tombé dans cet enfer maintenant. »
A peine eut-il prononcé ces mots que les cent bœufs sur la langue de ce moine se multiplièrent en mille bœufs, labourant sa langue.
   
4. Maudgalyayana, profondément affligé, retourna dans le monde humain depuis l’Enfer du Lotus. Sortant de sa méditation, il se rendit à la demeure du Bienheureux. Après Lui avoir rendu hommage, il s'assit à l'écart sans dire un mot.
Le Bouddha dit : « J'ai déjà clairement indiqué qu'il n'était pas nécessaire d'aller le voir. » Puis, le Bienheureux, le Bouddha Sakyamuni, exposa ainsi : « Il faut pratiquer les trois vertus : les bonnes actions avec le corps, les bonnes actions avec la parole et les bonnes actions avec l’esprit. »
 

 

Révélation :
1. Bien que Maudgalyayana possédât des pouvoirs surnaturels et une vision divine, il manquait de vision de sagesse pour percevoir les causes et les conséquences des événements passés et futurs. Malgré sa compassion, ses actions ne firent qu’aggraver la situation (transformant une centaine de bœufs en un millier pour labourer et gratter la langue avec des charrues en fer, ce qui décupla la rétribution karmique de ce moine).
   
2. Le Bouddha n'est pas dépourvu de compassion, pas plus que le guru. C'est tout simplement qu'ils les comprennent trop bien. Se pourrait-il que le guru ne cherche pas à sauver les êtres sensibles, ou ses disciples ?
   
3. Il faut savoir que lorsque l'on commet un péché, on en supporte seul les conséquences. Les obstacles karmiques que l'on crée doivent être endurés par soi-même ; cette rétribution ne peut être évitée. Les autres ne peuvent pas aider et il est aussi déconseiller d’intervenir. En pensant aider, on risque peut-être d’aggraver la situation ; ou si l’on (une personne ordinaire) tente délibérément de modifier un événement ou le karma, cela entraînera seulement des conséquences encore plus graves.
   
4. Le pratiquant ne doit pas intervenir de manière irréfléchie lorsque ses frères Dharma transgressent les préceptes, en faisant usage de son maigre accomplissement spirituel pour les aider émotionnellement. Il doit d'abord consulter son propre maître spirituel / Rinpoche quant à l'opportunité d'une telle intervention de secours, et il ne faut pas aggraver la situation !
   
5. Ce que l’on appelle "les bonnes actions avec la parole" consiste à s’abstenir de parler à la légère tant que l’on n’a pas vraiment bien compris le sujet. Pourtant, la plupart des gens prétendent comprendre clairement les choses, insistant sur le fait qu'ils ne cherchent pas à semer la zizanie. Mais réfléchissez-y : même le Vénérable Maudgalyayana, l'un des dix grands disciples du Bouddha, qui possédait de tels pouvoirs surnaturels et capacités, n’a pas réussi à comprendre clairement une affaire. A plus forte raison, comment des gens ordinaires, encore plus ignorants, pourraient-ils comprendre clairement ?
   
6. Le moine susmentionné a non seulement porté un jugement en déclarant que « cela pourrait être faux » avant même d'avoir compris la situation (concernant Sariputta et Maudgalyayana), mais il a également répété des rumeurs, calomnié les autres de manière habituelle, prononcé des paroles malveillantes ou nourri de la rancœur, semant délibérément la zizanie et dénigrant des personnes vertueuses ou des saints. Il a ainsi commis le péché lié à la parole. Ce qui est plus grave encore, c’est qu’il n’a pas obéi aux ordres du maître (il n’a pas écouté les conseils/enseignements du Bouddha lui demandant de cesser d'avoir de mauvaises pensées à l’égard des Vénérables Sariputta et Maudgalyayana), et qu’il a refusé à plusieurs reprises d'accepter les conseils du Bouddha tout en s'accrochant obstinément à ses propres opinions. Tout cela témoigne d’un attachement trop fort à soi-même et d’un manque de sagesse. (Comment un moine pourrait-il égaler la sagesse du Bouddha !), d’autant plus que les personnes calomniées sont innocentes et irréprochables. Le châtiment s'abattra inévitablement sur les ignorants, et en fin de compte, c'est soi-même qui en subira les conséquences ! Comme indiqué dans les《50 Stances de Dévotion au Guru》: « Ceux qui agissent sans sagesse contrairement aux instructions du guru, entreront certainement dans l'enfer Avici, où ils subiront toute sortes de tourments extrêmes, d'une horreur si profonde que les mots ne suffisent pas à les décrire. »
   
7. Par ailleurs, Rinpoche a donné un discours à tous en janvier 1992 : « Ne jamais jouir des bénédictions jusqu’au bout, ni parler sans retenue jusqu’au bout. Même si quelqu'un n'a plus aucune marge de manœuvre pour se réformer, cette situation n’est certainement pas bonne, mais il ne faut pas imposer de difficultés excessives aux autres. Se contenter de critiquer les défauts et les erreurs des autres n’est pas correct. » Le pratiquant doit cultiver la pureté du corps, de la parole et de l'esprit. Ne sous-estimez pas les conséquences maléfiques du péché lié à la parole ; il faut réfléchir mûrement et parler avec retenue !